Idée reçue
« Ça ne marche pas dans le Nord, ni l'hiver »
Un kilowatt-crête produit moins à Lille qu'à Marseille, mais bien plus que rien. Les chiffres PVGIS des deux villes, mois par mois, et le retour.
Par Eric Pudebat, ingénieur INSA en génie climatique. Publié le , vérifié le .
4 min de lecture
D'où vient l'idée ?
Elle naît d'un raccourci entre chaleur et lumière. Un panneau produit avec la lumière : sous un ciel couvert, il produit moins que sous un ciel clair, mais il produit. La chaleur lui fait même perdre un peu de rendement.
Les cartes d'ensoleillement renforcent le raccourci. Elles peignent le Sud en rouge et le Nord en bleu, et l'oeil conclut que le bleu ne produit pas. Une carte de couleurs montre un écart, et cet écart n'est pas un seuil.
L'idée circule aussi parce qu'elle est commode. Elle dispense d'ouvrir un calcul, d'un côté comme de l'autre, et celui qui la répète n'a pas eu à la vérifier sur une adresse précise.
L'hiver achève de convaincre. Les journées sont courtes, le ciel est bas, et la production tombe, ce qui est exact. Elle repart au printemps, et une installation se juge sur l'ensemble de ses douze mois.
Ce que disent les chiffres
Chaque barre porte la production d'un kilowatt-crête pour un mois, calculée à partir de l'irradiation relevée par PVGIS à Lille et à Marseille. Les deux profils ont la même forme, et celui de Lille reste plus bas, du premier mois au dernier.
Comparez maintenant décembre à juillet sur une même ligne. L'écart entre les deux saisons est plus large que l'écart entre les deux villes : la saison pèse plus que la latitude.
La carte porte le même relevé de production par kilowatt-crête, département par département. Le dégradé descend du nord au sud sans rupture ni marche, et il ne tombe à zéro nulle part.
Même maison à Lille, 6 kWc plein sud
Production
5 818 kWh par an
Part consommée
43 %
Retour
16,9 ans
Même maison à Marseille, 6 kWc plein sud
Production
8 693 kWh par an
Part consommée
32 %
Retour
14,8 ans
C'est la même maison et la même installation de 6 kWc plein sud, dans deux villes. Marseille produit davantage, comme on s'y attend, mais l'écart sur le temps de retour est plus serré que l'écart sur la production.
Ce resserrement vient de la part consommée. Une production plus faible dépasse moins souvent les besoins de la maison, donc elle part moins souvent sur le réseau. À Lille, chaque kilowattheure produit a plus de chances d'être utilisé sur place. Les deux calculs viennent de HésiaSun, le moteur du site.
Ce qui reste vrai
L'hiver produit peu, et les barres d'hiver sont les plus courtes de l'année, à Lille comme à Marseille. Un projet qui promet une facture couverte en janvier promet ce que le ciel ne donne pas.
Une batterie ne comble pas l'hiver. Elle déplace l'électricité d'une journée à la suivante, pas d'août à décembre. Une batterie se dimensionne sur le surplus d'été, comme l'explique le guide dimensionner une batterie solaire, et elle passe l'hiver presque vide.
Un toit nord reste un mauvais toit, à Lille comme ailleurs. La production de chaque direction se lit sur la boussole du guide rentabilité des panneaux solaires. L'orientation des panneaux se corrige mal une fois la charpente couverte.
Le Nord demande enfin plus de soin sur la part consommée : ce qui compte partout y compte encore plus.
Ce que ça change pour vous
Calculez à votre adresse plutôt qu'à votre région. Deux maisons d'une même rue n'ont ni la même ombre, ni la même orientation, ni les mêmes horaires. Une moyenne départementale ne décide de rien.
Regardez la part consommée avant de regarder l'irradiation. C'est le terme sur lequel vous pouvez agir, pour augmenter votre autoconsommation en déplaçant des usages vers le milieu de journée, quand le climat reste ce qu'il est.
Celui qui vous dit que ça ne marche pas chez vous et celui qui vous promet le Sud sautent tous les deux le calcul. Le site en fait un, en entier, sans coordonnées à laisser.
Calculez chez vous
Deux questions, votre adresse et votre facture, et le résultat s'affiche en entier. Sans coordonnées, sans démarchage.
Sources
- PVGIS 5.2, Commission européenne, Centre commun de recherche. Consulté le 13 septembre 2026.